Gabian : Goéland Leucophé en provençal.

Ce blog est animé par Marie Bellando-Mitjans : conceptrice, créatrice, communicante, designer graphique, membre de ONE, slaviste, balkanophile, nerd... persuadée que la communication et la connaissance des cultures du monde conduisent tout naturellement à la paix et au développement.

jeudi 20 octobre 2011

L'oeil Technicolore #1


La vie évaporée regarde amoureusement depuis la fin des temps,
attendant qu’il lui parle, ce beau ruisseau qui sait la vérité.
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Comment Tout Commence

Il est dans le jardin, comme chaque nuit, au début je ne le voyais pas, je croyais à un effet d’optique, et puis après quelques minutes je sais qu’il y a bien quelqu’un. Comment est-il arrivé là ? Personne ne le sait. Il est calme, assit en tailleur au milieu de la pelouse, face au noisetier, dos à moi. Je ne distingue que sa chemise blanche qui dépasse de son gilet et de son pantalon. Il est hors du temps. Mais que regarde-t-il ? Pourquoi ne pas m’approcher ? Parce que j’ai peur, c’est étrange cette présence et surtout, c’est dérangeant.
Après quelques mois à le voir apparaître à la tombée de la nuit et disparaître au lever de soleil, je commence à douter. Et voilà qu’arrive le moment où je n’y tiens plus, la curiosité est devenue plus forte que la peur, je m’approche Arrivée à deux mètres de lui je suis sûre qu’il est bien là, existant d’une manière ou d’une autre aussi bizarre que cela puisse paraître. Il n’a pas bougé, pourtant il aurait pu m’entendre, j’ai fait du bruit. Je le contourne pour lui faire face, il me regarde fixement et pourtant ses yeux sont clos. Son visage est mouvant, ce n’est d’ailleurs qu’une impression de visage, il pourrait être n’importe qui. Sans savoir pourquoi je me sens m’asseoir face à lui sans le lâcher du regard. Je voudrais lui parler, le questionner, mais je ne peux pas. Un grand calme m’envahit, je m’aperçois que je ne connaissais pas le calme...
- Bonsoir...
Il a parlé, c’est sûr, il a parlé ! Mais sans voix, sans timbre personnel ou plutôt avec un timbre qui m’est personnel, celui de mes pensées.
- Je savais que vous finiriez par venir...
- Comment ?
- Parce qu’on ne peut s’oublier complètement.
- Pardon ?
- Parce qu’on ne peut pas s’oublier complètement.
- Je ne comprends pas...
- Vous venez pour vous parler et vous avez besoin d’un intermédiaire
pour que votre conscient matérialiste l’accepte.
- Mais, ce n’est pas rationnel, vous n’existez pas, vous êtes une sorte de fantôme ou je ne sais quoi.
- Le rationnel rassure un moment, peut-être, mais pas longtemps.
Il disparaît comme la fumée d’un bâton d’encens.


extrait de L'oeil Technicolore, conversation avec son double fantomatique.

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