Gabian : Goéland Leucophé en provençal.

Ce blog est animé par Marie Bellando-Mitjans : conceptrice, créatrice, communicante, designer graphique, membre de ONE, slaviste, balkanophile, nerd... persuadée que la communication et la connaissance des cultures du monde conduisent tout naturellement à la paix et au développement.

mardi 18 octobre 2011

L'Art français de la guerre #12



COMMENTAIRES VI
Je la voyais depuis toujours, mais jamais je n'aurais osé lui parler

"Pourquoi tu es triste ?
— Je pense à la mort. À tous les morts laissés derrière nous."
Il me regardait, il hocha la tête, bouche ouverte, et les vapeurs de son souffle l'environnaient.
"Tu ne peux pas vivre si tu ne penses pas à la mort."
Et il repartit en courant, jouer, hurler avec les autres sur des balançoires à ressort, courir en rond tous ensemble sur les tapis en caoutchouc qui rendent toutes les chutes anodines.
Merde. Il ne doit pas avoir plus de quatre ans et il vient me dire ça. Je ne suis pas sûr qu'il l'ait voulu, je ne suis pas sûr qu'il comprenne ce qu'il dit, mais il l'a dit, il l'a prononcé devant moi. L'enfant ne parle peut-être pas, mais il dit ; la parole passe à travers l'enfant sans qu'il s'en aperçoive. Par les vertus de la langue, nous nous comprenons. Entrelacés.

extrait de L'Art français de la guerre, Alexis Jenni, Gallimard 2011.

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