Gabian : Goéland Leucophé en provençal.

Ce blog est animé par Marie Bellando-Mitjans : conceptrice, créatrice, communicante, designer graphique, membre de ONE, slaviste, balkanophile, nerd... persuadée que la communication et la connaissance des cultures du monde conduisent tout naturellement à la paix et au développement.

mardi 27 septembre 2011

L'Art français de la guerre #1

En ce moment je lis L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, et je veux partager avec vous certains extraits que j'illustre.



COMMENTAIRES I
Le départ pour le Golfe des spahis de Valence

" La guerre du Golfe n'a pas eu lieu, écrivit-on pour dire l'absence de cette guerre dans nos esprits. Il eût mieux valu qu'elle n'ait pas lieu, pour tous ceux qui moururent dont on ne connaîtra jamais le nombre ni le nom. Lors de cette guerre on écrasa les Irakiens à coups de savate comme fourmis qui gênent, celles qui vous piquent dans le dos pendant la sieste. Les morts du côté occidental furent peu nombreux, et on les connaît tous, et on sait les circonstances de leur mort, la plupart sont des accidents ou des erreurs de tir. On ne saura jamais le nombre des morts irakiens, ni comment chacun mourut. Comment le saurait-on ? C'est un pays pauvre, ils ne disposent pas d'une mort par personne, ils furent tués en masse. (…) Ils sont morts en gros, on n'en retrouvera rien. Leur nom n'a pas été gardé. Dans cette guerre, il meurt comme il pleut, le "il" désignant l'état des choses, un processus de la Nature auquel on ne peut rien ; et il tue aussi, car aucun des acteurs de cette tuerie de masse ne vit qui il avait tué ni comment il le tuait. Les cadavres étaient loin, tout u bout de la trajectoire des missiles, tout en bas sous l'aile des avions qui déjà étaient partis. Ce fut une guerre propre qui ne laissa pas de tâches sur les mains des tueurs. Il n'y eut pas vraiment d'atrocités, juste le gros malheur de la guerre, perfectionné par la recherche et l'industrie."

extrait de L'Art français de la guerre, Alexis Jenni, Gallimard 2011.

Aucun commentaire: