Gabian : Goéland Leucophé en provençal.

Ce blog est animé par Marie Bellando-Mitjans : conceptrice, créatrice, communicante, designer graphique, membre de ONE, slaviste, balkanophile, nerd... persuadée que la communication et la connaissance des cultures du monde conduisent tout naturellement à la paix et au développement.

vendredi 30 septembre 2011

C'est un métier ça ?


Oui Créatif c'est une qualité, mais c'est aussi (et surtout) un métier, tout comme Diplomate (qui est aussi une pâtisserie…), Organisateur (à ne pas confondre avec organizer qui est un PDA), Philosophe, Sage et Savant, alors que, par exemple :
Charmant est un prince, Civil est un non-militaire, Clément est un copain de promo, Économe est un couteau de cuisine, Équitable est l'autre nom de Max Havelaar, Franc est une ancienne monnaie, Hardi est l'ami de Laurel, Lucide n'est pas extra-lucide, Naturel est du thon en boîte, Objectif est nécessaire à la prise de vue, Observateur est un journal, Original n'est pas une copie, Pacifique est un océan, Parfait est une pâtisserie, Patient est un malade, Poli ce dit d'un miroir, Raffiné ce dit du pétrole, Vaillant est un héros de BD et Volontaire c'est fait avoir…

image réalisée grâce à ce site

mercredi 28 septembre 2011

L'Art français de la guerre #2




COMMENTAIRES I
Le départ pour le Golfe des spahis de Valence

" Paul Teitgen était secrétaire général de la police, à la préfecture du département d'Alger. Il fut l'adjoint civil du général des parachutistes. Il fut l'ombre muette, on lui demandait juste d'acquiescer. Même pas d'acquiescer : on lui demandait juste rien. Mais lui, demanda.
Il obtint, Paul Teitgen — et ceci lui vaudrait une statue —, que les parachutistes signent avec lui, pour chacun des hommes qu'ils arrêtaient, une assignation à résidence. Il dut en user, des stylos ! (…)
Il les signait, en gardait copie, chacune portait un nom. Un colonel venait lui faire ses comptes. Quand il avait détaillé les relâchés, les internés, les évadés, Paul Teitgen pointait la différence entre ces chiffres-là et la liste nominative qu'il consultait en même temps. "Et ceux-là ?" disait-il, et il pouvait donner un nombre, et des noms ; et le colonel qui n'aimait pas ça lui répondait chaque jour en haussant les épaules : "Et bien ceux-là, ils ont disparu, voilà tout." Et il levait la réunion.
Paul Teitgen dans l'ombre comptait les morts."

extrait de L'Art français de la guerre, Alexis Jenni, Gallimard 2011.

mardi 27 septembre 2011

L'Art français de la guerre #1

En ce moment je lis L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, et je veux partager avec vous certains extraits que j'illustre.



COMMENTAIRES I
Le départ pour le Golfe des spahis de Valence

" La guerre du Golfe n'a pas eu lieu, écrivit-on pour dire l'absence de cette guerre dans nos esprits. Il eût mieux valu qu'elle n'ait pas lieu, pour tous ceux qui moururent dont on ne connaîtra jamais le nombre ni le nom. Lors de cette guerre on écrasa les Irakiens à coups de savate comme fourmis qui gênent, celles qui vous piquent dans le dos pendant la sieste. Les morts du côté occidental furent peu nombreux, et on les connaît tous, et on sait les circonstances de leur mort, la plupart sont des accidents ou des erreurs de tir. On ne saura jamais le nombre des morts irakiens, ni comment chacun mourut. Comment le saurait-on ? C'est un pays pauvre, ils ne disposent pas d'une mort par personne, ils furent tués en masse. (…) Ils sont morts en gros, on n'en retrouvera rien. Leur nom n'a pas été gardé. Dans cette guerre, il meurt comme il pleut, le "il" désignant l'état des choses, un processus de la Nature auquel on ne peut rien ; et il tue aussi, car aucun des acteurs de cette tuerie de masse ne vit qui il avait tué ni comment il le tuait. Les cadavres étaient loin, tout u bout de la trajectoire des missiles, tout en bas sous l'aile des avions qui déjà étaient partis. Ce fut une guerre propre qui ne laissa pas de tâches sur les mains des tueurs. Il n'y eut pas vraiment d'atrocités, juste le gros malheur de la guerre, perfectionné par la recherche et l'industrie."

extrait de L'Art français de la guerre, Alexis Jenni, Gallimard 2011.

samedi 24 septembre 2011

Rapelle-moi


Parle-moi du passé,
empêche-moi de partir,
partage avec moi tes pensées,
qui font pleurer ou rire. 

Parle-moi d’avant,
parle-moi des miens,
des rires et du sang,
des temps anciens.

Sauve-moi du désespoir,
je t’en supplie,
dépoussière ma mémoire,
rappelle-moi ma vie.

Rappelle-moi...
fais-moi me souvenir de choses
enfouies en moi,
les noires et les rose.

Dis-moi que tout n’est pas fini,
que tu es encore là,
que je suis encore en vie,
dis moi ces choses là...

Oublie les horreurs,
parle-moi d’amour, de tendresse,
en narguant mes peurs,
et que jamais ça ne cesse.

Fais-moi vivre aujourd’hui
les instants d’hier,
tout ce que j’ai dit,
c’est une prière...


Rapelle-moi (La Volga), extrait de Transsiberien, Marie Bellando

vendredi 23 septembre 2011

dimanche 18 septembre 2011

Il a vu



Il a vu,
il a compris,
que son rêve n’était plus,
qu’il était fini.

Il a vu,
défiler,
tout ce qu’il a lu,
tout ce qu’il a été.

Il l’a vue,
cette lueur de désespoir
qui vous fend à l’intérieur,
avant le noir
de la dernière heure.

Il a vu, il l’a vu
cet ange qui le surveille,
depuis qu’il a voulu
voir les merveilles
du monde qu’on lui promettait
dans les magazines
ou à la télé,
ces plaines et ces collines...

Ils s’envolent,
ses rêves et ses idées folles.
La réalité n’en veut pas,
il préfère en rester là.
Ces rêves impossibles
ont peuplé sa vie.
Il n’a pas raté sa cible,
c’était lui.

Il a vu (Moscou), extrait de Transsiberien, Marie Bellando

samedi 10 septembre 2011

Les Enfants de septembre



Ils étaient assis devant la télé
et ont vu un cauchemar pour de vrai,
mais ça ressemblait si peu à la réalité,
c’est la guerre de si près...

Un avion qui décolle
puis la fumée qui s’envole.
Où est la Paix ?
Dans les ruines calcinées ?

Mais ça ne peut pas arriver,
ni aujourd’hui, ni jamais.
Comment est-ce que ça s’est passé ?
Cela ne peut pas être la vérité ;

ce doit être un film qu’on tourne.
Et ces vérités qu’on détourne ?
Pour que les perdants règnent
sur une nation qui saigne.

C’est une génération entière
qui se réveille en enfer,
révolutionnaires désoeuvrés,
ils ont trop peur pour tout changer.

Et pourtant, pour imaginer un monde meilleur
il faut un espoir ravageur,
pour à l’aube croire au matin
comme en ‘89 Berlin.

Les Enfants de septembre, extrait de ETC, Marie Bellando

samedi 3 septembre 2011

Rêve éphémère.



Ici il est minuit,
je ne me suis toujours pas endormie…
Dans la ville tout est trop gris,
où est ma vie ?
Alors j’ai rêvé d’un monde de couleur,
un monde de bonheur,
un monde de paix, de rêve et d’amitié…
je me suis réveillée.
Le cœur déchiré,
par une trop dure réalité
je veux crier à la mort,
et j’ai rêvé de tellement plus encore…
Un nouveau monde,
rêver une seconde,
une pensée éphémère
qui ne fait que fendre l’air,
j’ai rêvé d’un voilier
qui nous emmènerait
vers une autre voie lactée,
j’ai rêvé d’un monde sans armée …
Je trouve des rimes,
pour chanter les crimes
qui nous ont été cachés,
et qu’on n’a pas voulu chercher
ils restent dans nos mémoires,
à la lueur du désespoir,
attendant la reconnaissance
qu’on enseignera à notre enfance…

Cette nuit j’ai rêvé

mais je suis réveillée…


Rêve éphémère (Saint Petersbourg), extrait de Transsiberien, Marie Bellando